Militant ouvrier

Benoît Malon à Paris

Benoît Malon est à Paris en 1863 ; il a vingt-deux ans ; après quelques jours difficiles sur le pavé de Paris - il n'a plus d'argent et rien à manger - il a trouvé du travail dans un atelier de Puteaux comme ouvrier teinturier. La tâche est rude. Il connaît alors la dure condition des ouvriers du Second Empire, travaille dix ou onze heures par jour et loge dans une petite chambre où il lit tard le soir et se plaint de devoir dépenser beaucoup pour acheter de la bougie.

L'un des premiers adhérents de l'Internationale, l'ouvrier bronzier Zéphirin Camélinat, est venu le trouver dans l'usine de Puteaux. Benoît Malon, les pieds dans l'eau, nettoyait son atelier. Camélinat lui parle de l'Internationale - l'A.I.T. - à laquelle il le fait adhérer. Benoît Malon organise la grande grève des ouvriers teinturiers de Puteaux à la suite de laquelle il crée à Puteaux une coopérative ouvrière qui est aussi une société mutualiste d'Epargne et de Crédit.

 

La rencontre avec Léodile Champseix

 
 
Léodile Béra (Léodile Champseix), avec son 1er mari,
Grégoire Champseix (mort en 1863) et ses deux fils jumeaux
André et Léo Champseix (d'où son pseudonyme littéraire
d'André Léo, les deux prénoms de ses fils).
 Léodile Champseix, dite André Léo



 

Benoît Malon rencontre alors chez des amis communs la romancière Léodile Champseix qui, sous le nom de plume d'André Léo - les prénoms de ses deux fils jumeaux - publie des romans féministes que remarqua Jules Vallès Elle était la veuve de Grégoire Champseix qui avait été à Boussac l'un des disciples et porte-paroles de Pierre Leroux - l'un des théoriciens du socialisme utopique - et, à Limoges, en 1848, le directeur d'un journal républicain.. Elle avait dans l'un de ses romans -un mariage scandaleux - mis en scène un personnage qui ressemblait, disait-on, à Benoît Malon : elle voulut le connaître et en tomba amoureuse. L

'influence de la romancière fut décisive. Plus âgée que lui, elle devient rapidement la maîtresse de Benoît Malon : plus rapidement qu'on ne l'a cru d'abord, comme le montrent les travaux d'Alain Dalotel. Mais elle est aussi mère et éducatrice. Elle lui prête des livres, elle va le voir en prison. Par elle, Benoît Malon subit l'influence de Pierre Leroux et aussi du grand géographe Elisée Reclus, l'auteur de la Géographie Universelle, dont elle était l'amie et qui lui ouvre sa bibliothèque. Il y a chez le jeune Benoît Malon un formidable appétit de lecture et, plus tard, d'écriture, une sorte de fièvre de savoir, de comprendre et de faire comprendre.

 

L'Internationale

- Benoît Malon a été, avec son ami, l'ouvrier relieur Eugène Varlin, l'un des dirigeants de l'A.I.T., l'Association Internationale des Travailleurs, la 1ère Internationale, créée en 1864. Il est devenu à Paris garçon de librairie puis s'essaie au journalisme militant. Il habite dans le XIe arrondissement de Paris, dans une toute petite impasse, l'impasse Saint-Sébastien que je suis allé voir en décembre 1999.

L'un de ses rôles historiques de Benoît Malon a été, dans cette période, de diriger, d'implanter en province et, après 1867 de maintenir dans la clandestinité l'Association Internationale des Travailleurs. Envoyé spécial de la Marseillaise, le journal d'Henri Rochefort, il rend compte, comme journaliste, des grandes grèves du Creusot de 1870 qui, pour la première fois, contestaient le pouvoir des grands maîtres de forge que sont les Schneider, et manifeste un indéniable talent d'observation et d'écriture, le sens de la polémique et du trait juste et acéré. Il dénonce le pouvoir absolu du Maître et les pressions sur les grévistes ; il raconte avec verve les débats du tribunal correctionnel d'Autun qui juge les grévistes et le Procureur impérial qui les tance parce qu'ils ne comprennent rien aux lois de la concurrence qui empêche les salaires d'augmenter et parle de l'ingratitude des ouvriers.

Les articles de Benoît Malon le révèlent alors au monde de la presse et de la politique. Au Creusot, il est non seulement journaliste mais aussi l'homme de l'Internationale et Jean-Baptiste Dumay, l'un des leaders des ouvriers de la ville dira plus tard toute la dette qu'il a vis-à-vis de Benoît Malon.

- Peu de temps après, Benoît Malon fait l'expérience de la prison politique : il a été condamné pour reconstitution de société secrète (L'Internationale avait été dissoute). Emprisonné à Sainte-Pélagie, il reçoit les visites de Léodile Champseix qui, au même moment, participe activement au mouvement des réunions publiques qui a préparé la Commune et organise le mouvement de revendication des femmes. Dans sa prison, Benoît Malon signe l'appel de l'Internationale qui appelle les ouvriers français et allemands à se dresser contre la guerre. Mais l'appel eut peu d'écho.